Dimanche 13 mars 2011 7 13 /03 /Mars /2011 21:27

- La face Nord de l’Eiger est un véritable mythe dans la chaîne des Alpes et un symbole de l'histoire de l'alpinisme. Considéré à l’époque, comme le dernier problème des Alpes : 1800 mètres de glace, neige et rocher qui dominent d’un jet la vallée de Grindelwald. La paroi est calcaire, raide dans sa partie supérieure. Le cheminement n'est jamais évident, avec de nombreuses traversées qui rallongent cette ascension déjà très longue... La voie historique de 1938, ouverte avec audace par Harrer, Kasparek, Heckmair et Vörg remonte sur plus de 3000 mètres de long les différentes difficultés de cette muraille et marque un tournant de l’histoire de l’alpinisme.
Si à l’époque la glace était l’ennemi numéro un des alpinistes, aujourd’hui elle est un atout et cette face s’aborde presque exclusivement en conditions hivernales. Cela à le double avantage de pouvoir aller vite dans les longues sections glaciaires et d’être épargné par les chutes de pierre. Malgré cela la face Nord de l’Eiger reste un enjeu de taille ou selon les conditions (plus ou moins de glace) les verrous rocheux comportent plusieurs longueurs difficiles où l’art du mixte prend tout son sens…- J.BG


Bref, la voie de 1938, dépourvue de toutes traces de passages, nous accueille à bras ouverts. Tout se passe bien malgré le brassage du bas et les gros bouchons de neige dans la rampe, les difficultés mixte et rocheuse et un dernier bivouac frisquet au sommet…

 

Petit résumé :

 

le 5 mars au matin, nous partons direction Grindelwald, Oliv’, Fred et moi.

Montée en train jusqu’à la station Eiger Gletscher : dernier arrêt du petit train de la Jungfrau avant qu’il ne s’engouffre dans le tunnel de la face nord. Un bon repas, une nuit au chaud avant le « grand » départ.


3h30 du matin, nous quittons la gare et traversons jusqu’au pied de la muraille dans une quantité importante de neige (nous brassons par moment dans un mètre de neige...) Normalement il faut une heure pour accéder au pied de la paroi. Dans cette quantité de neige sans ski ni raquette il nous faudra 3 heures de dur brassage…

L’échelle est tellement démesurée qu’il est difficile de se repérer avec exactitude dans le socle… la nuit ne nous aide pas non plus. Les 600 premiers mètres se composent d’une succession de gradins et de vires où il faut serpenter en franchissant des petits ressauts de dalles en adhérence (avec juste un peu de neige fraîche posée dessus...), pas facile en crampons.

Nous arrivons au pied de la première difficulté : « la fissure difficile ».

La première longueur : une dalle « fine » où les crampons tiennent en adhérence sur de vagues réglettes arrondies et les lames des piolets cherchent de minuscules trous, suivi d'une traversée "à trou fuyant" en ascendance droite : le ton est donné !
Deuxième longueur : verrouillage des lames de piolets dans des fissures rondes en ascendance droite puis gauche. Heureusement quelques pitons et « friends » permettent de se protéger correctement.
Nous sortons sur la vire… en route pour la traversée Hinterstoisser…
Le passage de la traversée, équipée, ne nous pose pas de problème. L’ambiance est vraiment magique, plein gaz dans ce passage clé historique. Nous atteignons le premier névé. Nous remontons les pentes (en ascendance droite) qui se redressent sur la fin en goulotte raide avant de déboucher sur le deuxième névé. Toute l’ambiance et la démesure de la face se ressent : nous traversons sur plusieurs centaines de mètres ces pentes immenses au milieu de ces parois immenses elles aussi.
Le soleil commence à devenir rouge et à disparaitre derrière l'horizon. Nous arrivons au pied du « fer à repasser », dernier promontoire avant le bivouac de la mort. Deux dernières longueurs mixte puis neigeuse nous conduisent aux petites corniches que nous aménagerons en petites plates-formes. Nous installons une main courante, le bivouac, préparons l’eau chaude et nous habillons pour une nuit qui promet d’être magique : au dessus de nous se dresse l’immense verrou qui nous sépare de « l’araignée », de part et d’autre des éperons et des goulottes à perte de vue ; et en dessous plus de 1000 mètres de face austère qui contrastent avec les lumières chaudes de Grindelwald. Tous les récits que j’ai lu sur cette face refond surface et prennent sens.


4h30 : le réveil sonne. La nuit a été profonde et remplie de doux rêves…

Il faut sortir du duvet, faire fondre de l'eau et se préparer à regrimper.
Encore une traversée pour rejoindre les longueurs de « la rampe », seule ligne de faiblesse permettant de contourner l’immense muraille qui nous domine.
Les premières longueurs déroulent. Au milieu de cette rampe, deux trois longueurs freinent notre allure : un petit rappel mène à un surplomb dont la sortie se fait sur de maigres crochetages, suivi de bouchon de neige et plaquage très fin. Bref quelques pas délicats à souhait avec des passages sévères...

 

Avant la sortie de la rampe, le rocher change, devient moins comptact et plus délité.  Nous rejoignons la "traversée des dieux" par une une vire à l'horizontale droite, en rocher très délité suivi d'une longueur verticale en rocher "moyen". Coup de chapeau des ouvreurs, cette dernière barrière nous ouvre la porte de la" traversée des Dieux".
Nous progressons tout en délicatesse sur cette passerelle incroyablement aérienne qui nous conduit vers le troisième névé et l’araignée. Les pointes de crampons tiennent juste ce qu’il faut sur ces dalles arrondies, pauvre en glace ou juste une mince couche de neige fraîche est posée dessus. C’est magique, délicat et plein gaz.
Nous remontons ensuite le troisième névé, puis les dernières goulottes en ascendance gauche
et nous sommes au pied du dernier verrou rocheux. Le sommet commence à se faire désirer…

 Quelques longueurs seulement nous séparent des pentes sommitales mais nous ne sommes pas au bout de nos peines. Le soleil commence à  rougir, comme hier. Dans la fissure de  sortie, quelques pas en dalle fin nous demandent un peu de temps.  S’en suit une traversée équipée. Au bout, il faut remonter une longue goulotte mixte, dans un contre la montre avec la nuit (qui a encore gagné ce soir...). En s'échappant sur la droite, les pentes sommitales apparaissent enfin. Nous les remontons en tendu sur plusieurs longueurs.
Le petit croissant de lune est haut dans le ciel lorsque nous débouchons sur l’arête Mittellegi. Une petite corniche qui va se transformer en plate-forme, nous accueille pour le bivouac, à cent mètres à peine du sommet. Nous nous glissons dans nos duvets pour quelques petites heures de sommeil...
A 6 heures, le soleil pointe son nez à l’horizon et commence à éclairer le panorama grandiose de l’Oberland, du Mönch et Junfrau, mais ne nous réchauffe pas pour autant…
Nous gagnons le sommet par une arête digne de Samivel…, et en quelques heures de descente nous gagnons la station Eiger Gletscher.

Je reste blufée par l'audace et la performance hors norme des pionniers de 1938, ainsi que l’ampleur de cette montagne.

Une paroi qui a fait rêver des générations d’alpinistes, qui m’a fait rêver…

Ainsi, 2 jours d’émotion dans une face démesurée, imprégnée d’histoire et de tragédies mais aussi de record et d'exploits, où chaque passage clé me remémore des fragments lues dans mes livres de jeunesse...

Un itinéraire que nous avons retracé après les récentes chute de neige et qui aurons rebuté 2 cordées durant ce même WE.  Enfin une expérience humaine forte : la confiance réciproque qui a animées les 3 membres de notre cordée, qui est peut être la plus grande richesse de cette ascension.

Bref, l’engagement, la difficulté et la logique de l’itinéraire en font une expérience plus proche d’un long voyage que d’un simple week-end en montagne !

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Par Elisabeth Revol
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