Un petit tour dans la troposphère... Via le Makalu, Lhotse, Everest...
Un petit tour dans la troposphère... Via le Makalu, Lhotse, Everest...Un petit tour dans la troposphère... Via le Makalu, Lhotse, Everest...

Je suis partie ce printemps pour vivre la très haute altitude, me tester, sans oxygène à plus de 8000, dans les couches de la troposphère. L'idée étant juste de grimper le plus haut possible, sans pression, sans exploit, en étant au maximum flexible au fil de l'expédition.... en fonction de la forme, des conditions, et au final, des rencontres !!

Ces altitudes me passionnent et m’intriguent depuis que j’ai goûté aux 8000 en 2008 sur le glacier du Baltoro… Beaucoup ont parlé de l’ivresse des cîmes , même si je n’en ai jamais ressenti les symptômes… par contre ce que je vie là haut est indescriptible, c’est  pour moi un lieu magique, je m’évade hors du temps, je suis seule face à mes choix, la vision est féerique, l’ambiance me comble, etc…

Quand à évoluer sur plusieurs sommets, je trouve que cela à du sens : j’ai l’impression de  profiter au mieux de mon acclimatation. On peut se déplacer de façon rapide en profitant des bénéfices de la première grimpette sans être encore dans l’état de fatigue.  En tout cas, c’est la partie du jeu que je préfère.

Le 10 avril, je suis sur le trek sauvage du Makalu, au départ de la vallée de Num. Je rejoins le camp de base à 5700 m d’altitude après 6 jours de trek et commence de suite mon accli. La météo est assez capricieuse : entre vent et neige tous les débuts d’après-midi, mais pour atteindre le C2 (6400m), ce n’est pas un souci. Ca se complique pour le C3 (7200m), la face est en permanence balayée par le vent et la neige et il ne sera pas possible d’y passer une nuit avant le summit push. Une fenêtre sans trop de vent est annoncée pour le 9 mai.

L’accli est un peu juste quand on part sans oxygène au delà de 8000, mais quand le vent décide de se calmer sur cette montagne il faut y aller !

Le 9 mai sera au final un journée de chute de neige au C3, à attendre dans le tente que le temps s’améliore. Au soir le mauvais se lève. La vue est magique sur l’Everest et le Lhotse. C’est la pleine lune. Adrénaline et excitation me saisissent. En route !

Le silence sur ces montagnes géantes est terrifiant, mais plutot que me faire douter, j’apprecie ce moment en me sentant privilégiée de vivre ça. On remonte le glacier. Il fait très froid. Je lutte pour réchauffer mes extrémités à chaque pas. Arrivée au début du couloir des français le vent se lève et me glace immédiatement. L’itinéraire se fait plus technique. Le jour réchauffe un peu mon corps en remontant l’arête au soleil.

Arrivée au sommet nord du Makalu (8445m) on décide de stopper là. La suite de l’itinéraire est dangereuse du fait de l’accumulation de neige, des corniches et du vent.

L’aventure s’arrête là, à quelques mètres du sommet principal (8463m). Ce qui devrait être une déception de ne pas arriver au plus haut point, si proche, est largement compensé par la magie du lieu … par l'altitude atteinte dans ces conditions et par le point de vue de ce sommet secondaire !

La vue est magique de beauté et de pureté : une mer de nuages cotonneuse s'étend à l'infini, seul l'Everest Lhotse et le Kanchenjunga pointent leur nez. Le vent souffle sur une moitié de mon visage épanoui d'être sur cette montagne, le soleil frappe l'autre moitié de mon visage en me réchauffant la joue. Je me dis qu'il faut que je redescende en bas, sur la terre ferme. Peut être est-ce un rêve doux et agréable que je vis en ce moment et dont personne ne voudrait s'éveiller. Je regarde encore une fois ou deux le paysage en tournant la tête d'un côté à un autre... en restant figé devant cette immensité cotonneuse que m'offre cette merveille de la nature...

 

Le 20 mai je suis au C4 du Lhotse (7800m) pour un autre bol d’oxygène rare. C'était mon objectif de départ : visiter le Makalu puis le Lhotse. Autrement dit vivre une expérience au delà de 8000 et revivre un "enchaînement". 

Je quitte ma tente vers 9h30 du matin. Il y a peu de monde sur cet itinéraire, beaucoup de gens préfère son voisin l’Everest… plus haut… je me sens bien. Le vent est ici aussi très fort. Je remonte un long couloir d’environ 700 m assez encaissé et de toute beauté. Je savoure chaque mètre.

Tout pourrait paraître idéal s’il n’y avait pas ce vent qui hurle et se déchaine sur l’arête, je sais que c’est contre lui que je vais devoir m’affronter. 

Pas après pas, j’avance concentrée vers mon objectif. Quelques mètres sous l'arête sommitale, je tombe sur un corps humain momifié dans la neige et la glace... Je me sens à ce moment là très seule face à cette vision (la cordée précédente ayant fait demi-tour face aux conditions de vents quelques temps auparavant, je suis seule dans cette dernière section)...et beaucoup de pensées me traversent l'esprit en quelques secondes... 

C’est accroupie, que je rejoins le sommet du Lhotse (8516m) pour ne laisser que peu de prises au vent. Je suis accrochée aux drapeaux de prières, pour un tour d'horizon flash à cause du mauvais temps... mais quel bonheur !

Je n'y resterai que quelques secondes, le vent me hurlant de redescendre et m'arrachant au passage l'un de mes gants, alors que je tentais juste de partager ma position GPS et prendre une photo... posais sur la petite marche taillé dans la neige...

Et pourtant durant ce bref moment, ces quelques secondes d'intensité absolue, j'ai éprouvé un sentiment de liberté et de légèreté.Ce lieu absorbait tout mon être, je ne faisais qu'un avec lui. Toute volonté m'était enlevée, plus aucune pensée. Un cadeau que la nature, seule, peut offrir. Il y avait ce vent qui hurlait et qui donc réveilla rapidement ma sensibilité à fleur de peau. Je ressentis alors, quelque chose que je n'avais encore jamais ressenti ; mais que je ne peux pas décrire avec les mots...

La descente fût rapide, bien que la nuit me rattrapa rapidement. Et cette fois, j'étais bien moins fatiguée que sur le Makalu. J'arrivais rapidement à ma tente pour un repos, des étoiles pleins les yeux...

 

Le 21 mai je suis de retour au camp de base, pour un beau moment de vie, de partage et de récupération ! C’est assez surprenant de voir que sur cette montagne tout le monde est connecté par radio, via les réseaux et que le « téléphone arabe » fonctionne à merveille, malgré le monde. Les sherpas savent en permanence où on se trouve sur la montagne, ce qu’on y fait…

Du 21 au 24 je reste au camp de base et profite de ce moment pour récupérer au maximum. Je rentre une nouvelle fois bien sèche de ce bol d’oxygène rare et je dois me « remplumer » un peu avant de retourner en montagne. Mais contrairement au Makalu ou j’étais revenu au C3 fatiguée, du retour du Lhotse je me sens en forme. Il faut juste que je reprenne un peu de poids…

 

Le 26 je suis de nouveau au C4 du Lhotse, mais pour tenter l’Everest cette fois. Ce sommet est l'invité de dernière minute et n'était pas prévu initialement. Mais c'est un rêve qui me tenait à cœur depuis mon plus jeune âge... c'est aussi le point le plus haut de la planète et peut être une belle réponse à toutes mes interrogations sur la très haute altitude (l’idée initiale de mon projet était d'avoir une expérience sur un 8500 m ou du moins aller le plus haut possible au delà de 8000). Etant déjà montée à 8500, je sais ce que cela fait sur l’organisme, mais au delà ? Cela reste encore l’inconnu, et c’est cet inconnu qui me fascine, m’interroge…

Pendant toute l’après midi il va faire mauvais… beaucoup de vent. Difficile de se reposer. Je décide de rester là jusqu’à 9 h du soir et de partir pour le sommet d'ici. Je n’arrive pas à fermer l'œil. Je suis dans un état de stress, d'excitation, de peur, d'envie… tout un tas de pensée, de souvenirs, me parcours la tête… cette perspective d’ascension est tellement lointaine qu’elle semble relever d'un rêve impossible !

 

A 21h encore à mes rêves, je décolle du C4 du Lhotse.

 

Au milieu de la nuit l’Everest fait une dernière diaphane apparition… le mauvais temps se lève… du vent, de la neige. Le froid me saisie quelques temps après. Cela doit faire une heure que le mauvais temps est installé. Malgré l’ascension et l’effort mon corps se refroidit très vite. Je ressens ce qu’on appelle le Child (l’effet du vent sur la température ressentit). J’ai toutes mes couches sur moi et j’ai froid. A chaque rafale, j’ai l’impression que ce vent me glace un peu plus au plus profond de moi. Mon dos est contracté de froid et je lutte contre ces tremblements qui essayent en vain de réchauffer mon corps. Je suis au moment le plus froid de la journée vers 4, 5 h du matin (juste au lever du jour) à une altitude d’environ 8400, 8500 m, dans la tempête et transit de froid. Je dois décider rapidement de la suite... je continue mon bonhomme de chemin en cogiteant, avant de prendre ma décision, qui sera d’abandonner mon rêve de gosse et écouter la voie de la sagesse et surtout de la sécurité! A ce moment là raisonne dans ma tête la promesse que j’ai faite à mon mari avant de partir « je ne prendrais pas de risque, je te promets »

Epilogue : Le monde des 8000 est vaste et multiforme. Chacun peut composer à sa guise, et suivre sa voie. Moi ce printemps c’était simplement découvrir ce nouveau monde, me « tester » avoir d’autres idées et savoir ce qu’il est possible de faire ou non… Et pour chacun ça reste un lieu ou l’on peut vivre de belles émotions, tracer sa route, avoir des doutes, des moments de grandes joies, de désillusions… mais c’est un endroit passionnant à explorer !

 
Je vous conseille vraiment la lecture du bilan d’expé de l’opération nettoyage Everest Green sur la problématique des déchets...
 
https://www.everest-green.fr/articles/16760-bilan-de-lexpedition-everest-green-2017
https://www.everest-green.fr/page/112446-blog
 
Merci à mes partenaires :
 
Valandré, Everest Travaux Acro, Team Work, Blue Ice, Grivel, Boréal, Julbo, Cascade Design, MSR, Thermarest, WAA Expert, Advanced Tracking, Ultimum, Force Ultra Nature, Béal.
 
Merci Ludovic Giambiasi pour le live Facebook ;-)
 
Merci à Jean-Christophe Revol une nouvelle fois pour ta patience !
 
Merci à Masha Gordon et l'association Grit&Rock, pour m'avoir permis de mettre un pied sur l'Everest. 
 
Merci à Gérard, Fred et l’équipe de Montagne et Partage pour l’accueil au CB.
 
A bientôt, Elisabeth.

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