Nanga Light 2016

Avant mon départ, je résumais notre aventure de l'année dernière par ces mots : « sur cette montagne, chaque jours est une récompense, un pas vers l'inconnu, un pas vers la découverte de soi et de ses possibilités »… Rien ne s’est pas démenti cet hiver : les conditions ont été exceptionnellement sévères, glaciales et ventées. Fort de son expérience de ses 6 derniers hivers sur cette montagne, Tomek n’en avait jamais connu un aussi dur. Certains hivers dans les Alpes sont particulièrement froids, mais rien à voir à un hiver froid en Himalaya.... Ces conditions, nous sommes venus les chercher, nous les avons vécues avec notre corps et notre esprit... nous avons connu les pleures … de joies, mais aussi de peines … souvent pour des détails … Mais ici, chaque détail est important. Nous avons repoussé nos limites : celles de nos résistances face au froid et au vent, mais aussi nos limites psychologiques devant un engagement sur une telle montagne.
L'année dernière, nous avons pu atteindre l’altitude 7800 m, sur cette montagne, cette année, elle en avait décidé autrement... Pourtant nous nous sommes battu, donné le maximum. Tous les autres membres d'expédition (pour la plupart professionnels et experts en condition himalayenne hivernale) ont rebroussé chemin vers 6000m.
Nous avons vécu là-haut des instants de chance ou le coeur se suffit à lui même, remplis de joie de vivre, mais aussi la peur au ventre, devant ce froid qui ronge inexorablement notre petit corps, qui essaie de sauver un peu de chaleur pour nos organes vitaux... Un corps « au ralenti », en mode économie...
En expédition, je compare toujours cette quête du graal à un gâteau : l'expé serait ce gâteau que nous dégustons part après part, en essayant de sauver toutes les miettes, et si tout fonctionne, au final : il y a la cerise, au dessus du gâteau, qui correspond au sommet. Le plus important, vous l'aurez compris, c'est bien le gâteau et si vous avez de la chance vous pouvez grignoter la cerise...
Bref nous avons vécu avec Tomek encore une histoire extraordinaire, mais surtout extrême. Seul au monde pendant 4-5 jours au dessus de 6000 m, dans un carcan de froidure exceptionnel, nous nous sommes battus contre les éléments jusqu'à nos limites. 3 jours bloques dans la tempete en dessous de 6000 m... Je ne sais pas si je pourrais revivre de tels moments en montagne. Je ne sais pas si je vais continuer ce projet « Nanga light »... je me sens épuisée face à cette montagne... ce sommet, qui parait si proche du CB (camp de base), est si long et si difficile à atteindre, en définitive... Il m’a fallu un an pour préparer le projet, penser chaque détail....
Chilas et sa région sont en train de vivre un hiver tellement rigoureux. Les routes sont gelées en vallée et nous sommes en train d'essayer de gravir un sommet tenté par de nombreux alpinistes de l'extrême en conditions hivernales... Ce n'est peut être pas la bonne année pour cette montagne... l'extrême dans l'extrême est peut être trop....

Pour finir un extrait de mon journal de bord : le réveil sonne... la tente s'est faite chahuter toute la nuit par des vents violents, on dirait qu'il a neige toute la nuit à l'intérieur... les duvets sont blancs... le froid est glacial. Nous mettons des heures à nous préparer et nous équiper... le froid nous paralyse. Il fait -50 degrés sans le vent. Dehors la vie est impossible. A 7200 m, dans un carcan de froidure extrême, difficile de bouger, de franchir un pas de la tente, ce pas de non retour, qui nous conduira vers l'inconnu extrême, loin de ce point de sécurité de ce petit bout de confort.... La voie de la sagesse nous dit d'aller plutôt vers le bas… Les conditions sont trop exposées et engagées dans ces conditions... ‘’Accepter la montagne’’ quand elle est trop forte... ou attendre que le soleil ne pointe son nez et voir ce qui se passe...

Nanga Light 2016
Nanga Light 2016
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