La Devies-Gervasutti à l'Ailefroide Occidentale

Notre dernier périple nous a mené dans le plus sauvage des Oisans.

Peu de mots mais la sensation une nouvelle fois d’être privilégiés, submergés par ce lieu. Et cette immersion nous a apporté plus que des courbatures ;-)

Le corps fatigué, l’esprit embrumé, encore accroché là-haut… Je crois une nouvelle fois, que plus je la pratique, plus je la trouve belle cette Montagne!

Un niveau difficile dans cette Oisans Sauvage en comparaison à d’autre massif comme le Mont Blanc, ou la Walker nous paraît si simple à côté de cette voie... Nous avons l’habitude de tirer sur les prises, pas de les pousser vers le haut pour qu’elles tiennent… 

Il est surprenant de s’engager à ce point dans la vie de tous les jours. C’est peut être pour cela que pratiquer la montagne reste une expérience unique…

Certes une ascension dans les Ecrins est différente de ce que l’on peut vivre en Himalaya mais l’engagement est là, et il faut lâcher, faire confiance, parfois une foi aveugle.

 

La Devies Gervasutti à l’Ailefroide Occidentale est aussi nommée la Walker de l’Oisans (mais en version plus isolée et plus sauvage…) 1100 m de face orientée nord ouest, pour une fréquentation quasi anecdotique et une cotation dans l'ED. Cette voie ouverte en 1936 en 3 jours par Gervasutti qui a tout fait en tête avec une côté cassé au cours de l’approche et Devies son compagnon de cordée. C’était la cordée célèbre et efficace du moment. « Selon les auteurs l’escalade est splendide, aérienne, légère, dans un cadre d’une grandeur exceptionnelle où l’ambiance est sévère ; elle demande un engagement physique et moral très grand. Le rocher est bon et même très bon dans les sections difficile, mais la traversée du couloir de coste rouge et la barrière de dalles grises sont fort exposées aux chutes de pierres. »

 

Nous partons du pré de madame carle en direction du glacier noir, pour passer le col de Coste Rouge. La face se dévoile, roûgit par le soleil couchant. Le spectacle est de toute beauté. L’ambiance est sévère, sauvage..  Les pierres tombent régulièrement dans la voie des plaques…Bivouac 4 étoiles au pied de la voie, mais pas facile de trouver un sommeil reposant dans cette ambiance, excitation et stress du lendemain… Réveil vers 3 h. Le panorama est saisissant, la lune éclaire majestueusement cette grande face, l’ailefroide occidentale s’échappe dans sa solitude et demeure dans son silence pour le moment... Le névé de départ est tendu. On chausse les crampons pour prendre pied sur le socle et commencer la grimpe. La météo est parfaite, grimper ici est pour le moment bien plaisant. Pour le moment nous n’avons pas vraiment l'impression d'être au mauvais endroit ni au mauvais moment. Aucun projectile air-sol n'est à déplorer;-)

De quoi laisser l'esprit divaguer sur les journées passées, entre deux retours au bercail, sur ces beaux moments partagés en montagne avec son pote de grimpe. Une grimpe mélancolique me transporte... Nous serpentons au travers de dalles, dièdres, fissures…. engagés, sur écailles branlantes, rochers délités…

Puis après le socle le rocher devient plus technique. Les écailles bougent, quelques pitons par ci par là sur rocher branlant...  il faut s'engager bien fort pour arracher les longueurs, une grimpe au mental.

Heureusement dans les sections plus soutenus, le mauvais caillou de l'Ailefroide reste majoritairement solide et sain... Nous sommes en haut de la tour rouge. Une courte désescalade permet de prendre pied sur les dalles grises, haute de 120m, pour une grimpe exposée et engagée. Cerise sur le gâteau, l’endroit est en plus exposée aux chutes de cailloux. Le rocher est criblé d’impacte de pierres. La dalle et les prises sont sableuses. Le rocher est compact, difficile à protéger. Une partie est verglacée puis très humide (malgré la canicule !!!). L’ambiance sévère arrive… les surplombs du dessus lâchent de petits glaçons joyeux et scintillants dans un premier temps, puis cette beauté laisse vite place aux chutes de pierres plus sérieuse…

A ce moment là c’est la fuite au plus vite vers le haut. C’est le feu d’artifice de tout côté, avec le son et l'odeur de poudre lorsque les cailloux s'éclatent...Le cardio accélère… Les dalles passées, nous traversons la vire en arc de cercle qui se déroule sur un rocher putride ! Heureusement on s’échappe vite de cet endroit par une cheminée verglacée, pas commode. Nous sommes enfin à l ‘abri des chutes de pierres ! ouf ! Des chariots continuent de se déverser dans les dalles, dans un vacarme de bruit sourd et terrifiant. Nous passons sous le nez pour prendre pied dans une profonde cheminée verticale au dessous d’un immense surplomb. L’ambiance est plus paisible et la grimpe plus agréable, bien que le feu d’artifice continue son interminable spectacle… Nous rejoignons l'arête des Ailefroides dans un jeu de nuages, et la traversons jusqu'à la brèche de coste rouge. L'ambiance est magique... 

 

Une voie qui en cette période de canicule pourra être facilement déconseillée…

 

Encore un sacré voyage avec Paulo ! Merci mon pote !

 

 

La Devies-Gervasutti à l'Ailefroide Occidentale
La Devies-Gervasutti à l'Ailefroide Occidentale
La Devies-Gervasutti à l'Ailefroide Occidentale

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