La Walker aux Grandes Jorasses
La Walker aux Grandes Jorasses

La Walker dans la mythique face nord des Grandes Jorasses. Une voie qui m’a inspiré et faite rêver dans ma jeunesse. Ouverte en 1938 par Cassin and Co, c'est une course qui a marqué l'histoire de l'alpinisme... Un itinéraire logique qui exploite les faiblesses de l’éperon…

C'est pour le côté historique et affectif que j’avais une envie presque viscérale d’y mettre les pieds !

Je devais avoir 12 ans, quand, je dévorais toute la littérature alpine dans la bibliothèque de mes parents. J’étais fascinée par ces récits d’ascensions. Dès lors, je m’étais mise dans l’idée de parcourir un jour ces itinéraires historiques, tout en me disant que je n’aurais jamais le niveau !

Pour la petite histoire, Ricardo Cassin ne connaît pas le massif du Mont Blanc. Des Grandes Jorasses il ne possède qu’une carte postale. Le 30 Juillet il est à Courmayeur avec Tizzoni. Il se fait indiquer le Col du Géant et monte au refuge Torino. Les deux alpinistes laissent derrière eux une sensation d’incrédulité quand ils demandent aux gardiens du Torino, puis du Requin au passage, le chemin vers la face nord des Grandes Jorasses. Arrivés au pied de l’édifice, reconnu grâce à la carte postale, Cassin et Tizzoni cachent leur pitons et mousquetons sous un bloc, et remontent à Torino pour retrouver Esposito, le troisième larron.

Cassin reprend le train, rentre chez lui. Il revient, le 4 aout, passe la rimaye avec ses compagnons Tizzoni et Esposito. Son expérience dans le mauvais temps au Badile et les parois continuellement déversantes des Dolomites lui ont donné une aisance remarquable dans tous les terrains. Cassin va faire preuve d’un sens de l’itinéraire peu commun, et d’une rapidité étonnante. Après deux bivouacs, la cordée sort au sommet de la Walker le 6 aout à 15 heures, dans une tempête farouche. Un troisième bivouac au sommet s’impose, et la cordée ne rejoint la vallée que le 7 aout, triomphante. Voilà comment un « dolomitard » a fait sa première course dans le massif du Mont Blanc…

Bref, vendredi 10 juillet au matin nous partons des bois à pied, pour monter au Montenvers puis en direction du refuge de Leschaux. Repérage de l’itinéraire sur la moraine et en route pour le pied de la face… La rimaye passe bien et les premiers gradins à corde tendue nous déposent au pied du dièdre Rébuffat….les premières pierres sifflent au-dessus de nos têtes.

Un bivouac exigüe au pied des difficultés, puis c’est l'enchaînement de tout ces noms qui raisonnent dans ma tête depuis tant d’année : dièdre de 75 mètres, rappel pendulaire, la tour grise, les dalles noires, les dalles grises, le névé triangulaire, la tour rousse. Tous ces passages que j’avais imaginé durant ces années se trouvent en réalité bien différent sur le terrain. Quelle joie de grimper cette voie !

De retour de cette aventure, j'en garde le souvenir d'une course hors du commun où le mot montagne prend toute sa noblesse. Une de mes belles ascensions… un pan de l’histoire de l’alpinisme ou l’aspect historique revêtait à mes yeux un caractère aussi important que l’esthétisme du parcours .... mais surtout un beau voyage dans l’imaginaire de mon enfance.

Merci Paul pour cette aventure et ce beau voyage encordé !

La Walker aux Grandes Jorasses
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